Héroïne

Une épopée au cœur d’un tribunal.

— Création 2021
Théâtre de rue sur place publique / Durée 4h30 (avec entracte) / Tout public à partir de 12 ans / Jauge 200 personnes

U

ne audience en temps réel, un tribunal à ciel ouvert au cœur de la ville.
Quatre heures d’affaires, comme pour de vrai. Comparutions immédiates, audiences correctionnelles, affaires familiales, réunies en un jour et un lieu.
Dix comédiens, musiciens, plasticiens, danseurs incarnent tour à tour juges, prévenus, avocats, badauds, ou policiers. Ils et elles donnent à voir la vie d’un palais où réalité et théâtre entremêlent leurs limites, pour mieux nous faire nous approcher de notre petite et grande humanité.

Synopsis (Note d’intention)

L

es trois derniers spectacles de la compagnie Les Arts Oseurs ont raconté le monde au regard de l’injustice des hommes, injustice sociale ou sexuée. Aujourd’hui, tout me mène du coté de la justice des hommes. N’est-ce pas ce qu’il nous reste ? Je veux regarder les coupables, les victimes et les bourreaux, les innocents. Je veux regarder ceux qui nous défendent. Au nom de quoi ? De qui ? Et ceux qui nous jugent. Je veux montrer des héros. Des héroïnes. Une héroïne. Dans l’ombre d’une héroïne du quotidien, une avocate, une femme, je veux partir en voyage en pays inconnu avec l’intuition qu’au bout, il y aura un spectacle pour l’espace public, un regard sur le monde, un écho de notre humanité.

La genèse

O

n cherche toujours à expliquer la genèse d’un spectacle. Son idée première, sa source. La plupart de temps, une fois qu’il existe, on raconte de manière linéaire et logique le processus, de l’origine jusqu’à la création, la parole est claire, fluide… elliptique. Alors que lorsque nous y sommes, nous ne savons pas. L’idée s’insinue, consciemment ou pas, limpide et diluée tout à la fois. Toutefois, je me souviens d’une chose. La première résidence de recherche sur le spectacle Les Tondues a commencé le jour des attentats perpétrés contre l’équipe de Charlie Hebdo et puis la sombre et terrifiante liste d’actes terroristes a marqué ensuite toute la création. Au-delà des réactions émotionnelles qu’ils ont provoquées chez moi, du trouble qu’ils ont suscité en ce qu’ils faisaient irruption dans et contre mon sujet, chaque nouvel épisode réactivait un malaise grandissant. Pourquoi ne prenait-on jamais les terroristes vivants ? Pourquoi ne faisions-nous pas tout pour les mener devant un tribunal ? Pourquoi ne désirions-nous pas plus que tout assister à leur procès ? Pourquoi ne voulions-nous pas que le peuple juge les hommes mais aussi ce qui les avait menés jusque là ? Leur mort semblait normale, attendue et voulue. Justice expéditive, retour de la peine de mort. Résonance très troublante avec le sombre sujet dans lequel je m’immergeais: les tontes de femmes, elles aussi expéditives, punitives et sans procès. J’avais timidement à l’époque exprimé ce sentiment, peu partagé et je m’étais rendue compte finalement, peu « entendable ». La Justice, comme pierre de voûte sociétale et valeur collective s’est alors imposée comme l’enjeu d’un futur projet, à convoquer au cœur de l’espace public. Comprendre l’institution judiciaire, la regarder vivre, mesurer en quoi justice est-elle rendue ou non, observer ses rouages, peser le poids des choses de la plaidoirie à la sentence, éprouver au quotidien la justice qui est rendue en notre nom.

Périne Faivre

DISTRIBUTION

Autrice, metteuse en scène

Périne Faivre

Compositeur, scénographe, constructeur

Renaud Grémillon

Experte sur l’écriture en lien avec le monde judiciaire

Laure Dilly-Pillet

Régisseuse générale

Clarice Flocon-Cholet

Régisseuse/Régiseur technique

Clarice Flocon-Cholet ou Christophe Nozeran

Régisseur son, constructeur

Jule Vidal

Ingénieur structure

Quentin Allard

Sound designer

Yoann Coste

Costumière

Anaïs Clarté

Collaborateur artistique

Nicolas Fayol

De et avec

Kevin Adjovi-Boco (Comédien, danseur Krump), Antoine Amblard (Comédien), Caroline Cano (Comédienne), Sophia Chebchoub (Comédien), Périne Faivre (Comédienne), Renaud Grémillon (Musicien, comédien), Florie Guerrero Abras (Comédienne), Moreno (Performer plastique, comédien), Emilie Ouedraogo Spencer (Comédienne, danseuse Krump), Maril Van Den Broek (Comédienne)

Assistante à la création

Florie Guerrero Abras

Collaboratrice à l’écriture

Caroline Cano

Administratrice de production

Julie Levavasseur

Chargée de production/diffusion

Émilie Dubois
+33(0)6 28 78 51 57

Chargée de communication

Karin Bösiger

Soutiens

DGCA • SACD / Auteurs d’espaces • La culture avec la copie privée • Théâtre Le Sillon, Scène Conventionnée d’intérêt national Art en Territoire à Clermont l’Hérault • Le Fourneau, Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public en Bretagne • Pronomade(s), Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public à Encausse-les-Thermes • Le Boulon, Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public à Vieux Condé • Résurgence, Saison des arts vivants, Communauté de communes Lodévois et Larzac • Le Moulin Fondu, Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public à Garges-lès-Gonesse • Ligne 21 à Lesmel • Atelier 231, Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public à Sotteville-lès-Rouen • Le Cratère, Scène nationale d’Alès • Les Quinconces / L’Espal, Scène nationale du Mans • Ville de Mende • Arto Ramonville

La compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture – DRAC, Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Occitanie / Pyrénées- Méditerranée (2019-2021) et la Région Occitanie / Pyrénées – Méditerranée (2018 – 2021)

© Photos : Lucile Corbeille (1, 3 – 14),  Anne/Demi-Sel Production (2), Kalimba (17), Périne Faivre (16, 21), Karin Bösiger (15, 18, 19, 20, 22),

Extrait du journal de bord

Jour 1 – Héroïne
Lundi 11 mars

9h
Retour au Cab
Je retrouve mon héroïne.

Elle me raconte une histoire : sa fille fait un stage à l’autre bout de la France.
Elle s’est retrouvé en lien avec 2 enfants de 3 et 7 ans.
Ils lui demandent ce que ses parents font comme métier.
Elle répond : « Mon père est paysan-agriculteur et ma mère est avocat ».
La petite : « Quoi ? »
La fille : « Et bien elle aide les gens quand ils ont des problèmes ».
La petite : « Ah !… c’est un peu comme un super-héros… ? »

Il va falloir que je comprenne pourquoi je me suis lancée dans ce projet. Encore une fois…
L’injustice politique ?
La puissance de la Justice du Peuple ? Quand elle se fait entendre ?
Mon histoire personnelle ?
Le portrait d’une héroïne ?
Le dérèglement du système judiciaire ?

Il me semble que le grand enjeu d’un spectacle en espace public est de (re) convoquer le rendez-vous. Le rendez-vous d’un peuple, des citoyens, la notion de collectif et de ses institutions, un rendez-vous avec son Histoire.
S’il s’agit d’histoires personnelles, autant le faire dans l’intimité d’une salle ou d’un théâtre.
Ce n’est pas ce que je veux.

Parfois il m’a semblé que travailler sur ce sujet renvoyait à regarder la misère, la pauvreté, les petites gens (comme s’il y en avait des grands). Ceux-là même qui aujourd’hui revêtent un gilet jaune et créent la poétique des ronds-points.
Que vais-je alors dire de plus ?
Les gilets jaunes m’ont volé l’idée d’un spectacle et leur spectacle est le plus grand d’entre tous.

Il me semble qu’il faudrait partir d’un fait, d’une histoire à raconter et non d’un thème.
Il faut faire un théâtre d’histoires et non un théâtre de sujet.

Jour 2 – Héroïne
Mardi 12 mars

8h36
Cours d’appel – Chambre de l’instruction

Appel des rôles (!)

« Dossier n°6. Vous avez déposé un mémoire ? »
Visio – extraction – mémoire – escorte

Que des femmes dans l’assemblée, toutes, bras resserrés sur le ventre, tendues vers le parquet.
Ici, nous sommes dans les bois des temps anciens, vieux parquets, fresques sur le plafond, luminaires retro… les silences ici sont plus lourds. La barre est patinée, des mains sont passées sur le chêne de la république.

Rencontre avec Maître D. Grand pénaliste.
On sent que la curiosité l’habite, intensément.

« L’autre jour, je reçois une femme qui me demande si son mari a des chances d’être libéré. Je regarde rapidement le dossier. Cet homme avait été condamné aux assises du Bas-Rhin. Je lui dis qu’avec cet antécédent, il y a peu de chance.
Elle me répond : « ah je sais j’y étais ».
– Vous y étiez ?
– Oui, j’étais jurée.
Alors là, je lui dit, Madame, il va falloir me raconter !
Le femme effectivement tirée au sort dans ce dossier s’était pris de passion pour l’histoire de cet homme. Après le procès, elle demande à l’assesseur si elle peut entrer en contact avec l’homme condamné. La loi ne l’interdisant pas, c’est ce qu’elle fera. Ils se marieront et auront 3 enfants…
Elle me raconte qu’après la plaidoirie de l’avocat, tous les jurés étaient convaincus de l’innocence de l’homme. Mais le président fera basculer le jury.
Cette histoire m’a trotté dans la tête et je n’ai pas eu de mal à retrouver le nom de l’avocat en question. Je l’ai appelé ! Il était ravi, il m’a tutoyé tout de suite et a pris ça pour un signe d’amitié. Je lui ai dit : « A l’époque on t’a volé ton acquittement ! ».

« La condamnation d’un innocent ? c’est le pire des préjudices, insurmontable. Pire que tous les autres. Les mecs deviennent jobard. J’en ai encore qui viennent dans mon bureau pour tenter quelque chose. Et je leur dis : stop, il faut arrêter, on a tout fait, c’est fini . En France, il y a à ce jour 13 erreurs judiciaires reconnues, pour combien en vérité ?!
Pour les dernières, il a fallut des miracles de coïncidences pour prouver ces innocences !
C’est pour ça qu’il faut laisser les gens en liberté jusqu’au procès. Sinon c’est trop de pression pour la cour.
Ça coûte très cher une erreur judiciaire, à la collectivité bien sûr mais aussi à l’institution, au niveau symbolique ! »

14h10

La journée a commencé à 8h30. La chambre vient de faire une courte pause. Tout le monde est épuisé, les avocats excédés.
Personne n’a mangé. Ni les prévenus, ni les avocats, ni les magistrats, ni les badauds, ni le chroniqueur judiciaire.
Ici, me dit-on, on tente de faire valoir la règle : la liberté est la règle, l’incarcération l’exception.

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