Les spectacles

J’écris comme on se venge

Écrire pour être utile . Ce texte final de J’écris comme on se venge est de Magyd Cherfi. Il l’a écrit à l’occasion de l’inauguration de la médiathèque Sud au Mans les 24 et 25 septembre 2010. Le voici :

ÉCRIRE POUR ÊTRE UTILE

Le fantastique défit comme on se promet d’être un père pour son fils,
un bras pour le corps qui se noie,
du pain pour l’estomac qui gonfle de ne rien pouvoir lui offrir qui soit salé, lourd, apaisant.
écrire, c’est être tous les métiers du monde,
c’est être à la place de toutes les peines,
le creuset de tous les espoirs.
C’est le tour de magie qui éclaire des yeux lugubres,
c’est être la barque qui porte des amoureux.
C’est la phrase qui accroche deux timidités.
écrire, c’est comme un paracétamol, un "Paris-Brest",
un aller-retour pour l’endroit de ses racines.
C’est comme un paradis d’avant la vie qui préfigure celui d’après.
C’est l’obstacle évité,
deux mains qui vous poussent dans le dos quand la fatigue a rendu ses armes dans l’anonymat du fracas.
écrire enfin !
Si c’est mourir, c’est aux premières loges,
en haut de la colline,
en plein jour et poitrine ouverte
pour qu’on sache qu’un jour on a été quelqu’un aussi humble que fût le passage parmi les hommes.
C’est avoir eu un nom, un visage,
quelque chose qui défie l’éternité le temps d’une seconde au moins.

Magyd Cherfi